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Roland-Garros 2026 confie son affiche à JR

Dans moins d'un mois, la Porte d'Auteuil va vibrer au rythme des échanges sur terre battue. À cette occasion, nous revenons sur l'affiche officielle 2026 de Roland-Garros signée par l'artiste JR et sur ce que cette tradition dit du tournoi et du design.
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Roland-Garros, bien plus qu'un tournoi

Chaque fin mai, Paris se transforme. Le Bois de Boulogne accueille l'un des quatre tournois du Grand Chelem, le seul disputé sur terre battue : Roland-Garros. Depuis 1928 à Paris et baptisé en hommage à l'aviateur français du même nom, le tournoi est aujourd'hui l'un des événements sportifs les plus regardés au monde, réunissant chaque année près de 500 000 spectateurs sur ses courts et des millions de téléspectateurs aux quatre coins du globe.

Roland-Garros n'est pas seulement une compétition sportive, depuis des décennies le tournoi cultive une identité culturelle forte. En 2026, l'édition se tiendra du 18 mai au 7 juin et comme chaque année, elle commence par une affiche.

Une affiche, une tradition artistique

Ce rapprochement de l'art et du sport est né de la passion et de la volonté de deux hommes : Daniel Lelong, de la galerie Lelong et Jean Lovera, ancien joueur devenu architecte. Depuis 1980, la FFT confie chaque année la réalisation de l'affiche officielle à un artiste contemporain, une tradition sans équivalent dans le monde du sport.

C'est Valerio Adami qui signe la première affiche de Roland-Garros en 1980. Joan Miró, Ernest Pignon-Ernest, Jaume Plensa ou encore Fabienne Verdier... font partie de ceux qui se sont prêtés à l'exercice après lui.

Affiche officielle / Roland-Garros 1980 / Valerio Adami

Chaque affiche est une contrainte créative singulière : en une seule image, l'artiste doit capturer l'essence d'un tournoi, l'émotion d'un sport et s'inscrire dans une collection qui traverse les décennies. Certaines ont suscité l'admiration immédiate, d'autres ont fait polémique. L'affiche 2024, créée par le photographe Paul Rousteau, avait déclenché un vif débat sur les réseaux sociaux et dans le milieu artistique après qu'il eut révélé avoir eu recours à l'intelligence artificielle (le débat aurait-il été aussi vif en 2026 ?).

Affiche officielle / Roland-Garros 2024 / Paul Rousteau

Ce que cette tradition révèle, c'est une conviction profonde : l'affiche n'est pas un outil promotionnel parmi d'autres. Elle est la vitrine culturelle du tournoi. Elle dit ce que Roland-Garros représente : un lieu où le sport devient spectacle et le spectacle art.

JR, le street art entre dans le court

Pour cette nouvelle édition, la FFT a choisi de confier la réalisation de l'affiche à JR, artiste français internationalement reconnu pour ses œuvres monumentales, ses installations et ses documentaires.

Qui est JR ? C'est l'une des figures les plus singulières de l'art contemporain, un homme dont on ne connaît pas le vrai nom et dont le visage disparaît toujours derrière un chapeau et des lunettes noires. Il s'est fait connaître au début des années 2000, avant de lancer le projet Face 2 Face en 2007. Dans le cinéma, il a coréalisé avec Agnès Varda le documentaire Visages Villages, sorti en 2017 et nommé aux Oscars l'année suivante.

Lauréat du TED Prize en 2011 pour son projet photographique participatif Inside Out, JR crée avec les communautés, est exposé dans de grandes institutions internationales et explore constamment diverses pratiques artistiques, du cinéma à la danse.

Ce qui définit JR avant tout, c'est une démarche : coller des visages géants sur des murs, des façades, des ponts. Faire sortir l'art de la galerie pour l'installer là où personne ne l'attend. Interpeller, surprendre, émouvoir.

L'affiche 2026, la terre battue sous l'œil de JR

L'affiche 2026 est un objet visuel immédiatement impactant. En son centre, un œil en noir et blanc, signature visuelle de JR. Autour de lui, la terre battue, emblème absolu du tournoi parisien, explose visuellement.

La genèse de l'œuvre est intimement liée au lieu. JR s'est basé sur la préparation et l'entretien des courts et a réalisé sa photographie sur le court central Philippe-Chatrier. L'inspiration est venue d'une image documentaire, presque anodine : des photos montrant la façon dont on dépose la terre battue sur un court, un processus qu'on ne voit jamais. Ce geste rituel, invisible au grand public, est devenu le cœur de l'image.

JR a choisi d'utiliser la technique du collage photographique à l'origine de son succès, alliant son univers et celui du tennis : un œil en collage et de la terre battue. La composition dialogue entre deux univers en apparence opposés, le noir et blanc photographique de JR, rigoureux et contrasté, et le rouge ocre de la terre battue, chaud et organique.

L'artiste lui-même explique son intention : « Il faut qu'au premier regard on reconnaisse que c'est Roland-Garros plus qu'une de mes œuvres. Ce mélange-là me paraît important car je suis aussi au service de l'image. » Il confie également que l'œil représente l'une de ses signatures, mais qu'il ne signe jamais "JR" sur ses créations, laissant à certains le soin de le reconnaître et à d'autres la liberté de se l'approprier.

Affiche officielle / Roland-Garros 2026 / JR

Le mot de Kuento

Chez Kuento, nous regardons ces affiches avec un œil particulier. Pas seulement pour leur valeur artistique, mais pour ce qu'elles révèlent du design au sens large : la capacité d'une image à incarner une identité, à condenser une émotion, à fonctionner à toutes les échelles, du programme imprimé à l'affichage urbain géant.

En collaborant avec des artistes reconnus à l'international, Roland-Garros entretient son positionnement premium et artistique, distinct des autres tournois du Grand Chelem. L'affiche n'est pas une décoration : c'est un outil de branding, un geste éditorial qui dit chaque année quelque chose de nouveau sur ce que le tournoi veut être.

L'affiche de JR réussit quelque chose de difficile : elle est reconnaissable comme un JR et immédiatement lisible comme un Roland-Garros. Les deux identités coexistent sans s'écraser. C'est exactement ce que les meilleures collaborations entre marques et artistes produisent, non pas une caution culturelle, mais une conversation.

© Photographie : L'observatoire de JR à bord du Venise Simplon-Orient-Express, A Belmond par Charlotte Abramow

Lucia Otero
Founder & Creative